Voilà
ce que Jean 23 disait de l’Eglise dans son discours d’introduction au concile Vatican 2, en 1962. Puissent ces fortes paroles être toujours d’actualité !
Nous continuons ici l’introduction au concile Vatican 2, avec le résumé de la seconde session introductive qui s’est tenue à Lyon, le 20 juin. Elle
se compose de deux parties :
-
NAISSANCE DE LUMEN GENTIUM (Constitution dogmatique sur l’Eglise)
· Le concile Vatican 1 ouvert en 1869 n’avait eu que le temps de parler du pape mais pas de l’Eglise. A
Vatican 2, le thème de l’Eglise va être central.
· Fin 1962,
Mgr Ottaviani prépare deux textes pour le concile : l’un sur l’Eglise, l’autre sur la Vierge Marie. Le premier a été rapidement envoyé « à la refonte » en raison de son
triomphalisme, de son cléricalisme et de son juridisme.
· Triomphalisme : il est malvenu d’omettre que l’Eglise est sujette à
erreurs et de ne pas rappeler son rôle d’humble serviteur. Cf LG8 (p.31) : « Tandis que le Christ « saint, innocent, sans
souillure » (He7,26) n’a pas connu le péché ( 2 Co5,21) , l’Eglise , qui renferme en son sein les pécheurs, qui est sainte et, en même
temps, doit toujours être purifiée, recherche sans cesse la pénitence et le renouvellement » .
· Cléricalisme : c’est le danger récurrent de mettre les
clercs au dessus des laïcs, eux-mêmes réduits au rôle de sous-fifres juste bons à exécuter et financer. Ce rejet du cléricalisme est bien illustré par
le passage du schéma en 4 parties qui fut proposé (Mystère de l’Eglise ; Hiérarchie de l’Eglise ; Peuple de Dieu ; Sainteté) au schéma en 8 parties –qui fut adopté- dans lequel le
peuple de Dieu passe en seconde position, devant ses différents constituants ( Mystère de l’Eglise ; Peuple de Dieu ; Hiérarchie ; Laïcs ; Sainteté ; Religieux ;
Eglise en marche = eschatologie et union avec l’Eglise du ciel ; Vierge Marie).
· Juridisme : il est fondamental de souligner que le
juridisme ne doit pas passer avant la miséricorde. L’Eglise est d’abord un mystère mais un mystère qui n’est pas barrière ou obstacle répulsif mais puits de lumière qui attire : «
« il n’y a pas à s’étonner si après 20 siècles de christianisme … le concept authentique, profond et complet de l’Eglise, telle que le Christ l’a fondée et que les apôtres ont commencé à la
construire, a encore besoin d’être présenté d’une manière plus précise. L’Eglise est un mystère, c'est-à-dire une réalité imprégnée de présence divine
et qui peut toujours être l’objet de nouvelles et plus profondes recherches » (discours d’ouverture par Paul 6 de la 2è session du concile ; p.637). Admirable définition du
mystère qui au lieu de dissuader toute recherche sur ce mystère, appelle à être en permanence dans une attitude dynamique de recherche pour mieux en approcher la profondeur.
· L’Eglise, peuple de Dieu : le fait que cette partie soit
passée en deuxième partie de Lumen Gentium, avant la partie consacrée à la hiérarchie de l’Eglise, est véritablement une révolution copernicienne ! On passe ainsi en effet d’une conception
où c’est le peuple de Dieu qui tourne autour d’un centre qui est la hiérarchie ecclésiastique à une conception où c’est la hiérarchie qui tourne autour du peuple de Dieu en étant à son service.
Le salut est voulu par Dieu pour chaque homme personnellement mais pas individuellement, c’est la notion de peuple : « Dieu n’a pas voulu sanctifier et sauver les hommes
individuellement et sans qu’aucun rapport n’intervienne entre eux, mais plutôt faire d’eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans la sainteté » (LG9, p.32). Ce peuple de Dieu
n’est pas formé des seuls catholiques, ni même des seuls chrétiens. « Ceux qui n’ont pas encore reçu l’Evangile sont ordonnés de façons diverses au peuple de Dieu. Et d’abord le peuple qui
reçut les alliances et les promesses et dont le Christ est né selon la chair…Mais le dessein de salut englobe aussi ceux qui reconnaissent le Créateur et parmi eux, d’abord les Musulmans qui, en
déclarant qu’ils gardent la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux qui jugera les hommes au dernier jour…. Et la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires
au salut à ceux qui ne sont pas encore parvenus, sans qu’il y ait faute de leur part, à la connaissance claire de Dieu et s’efforcent, avec l’aide de la grâce divine, de mener une vie
droite ». (LG 15 et 16 ; p. 40-41). On passe en quelque sorte de la notion « hors de l’Eglise point de salut » à la notion
« hors de l’amour, point de salut ».
· Peuple tout entier appelé à la sainteté : l’appel à la
sainteté concerne le peuple de Dieu tout entier, dans ses différents états de vie (laïcs, prêtres, religieux), chacun ayant reçu des dons différents.
· Eglise en marche, unie à l’Eglise du ciel : « Dès
ici-bas, l’Eglise est en effet auréolée d’une sainteté véritable, si imparfaite qu’elle soit. Mais tant qu’il n’y aura pas de nouveaux cieux et de terre nouvelle où habite la justice, l’Eglise
voyageuse portera, dans ses sacrements et dans ses institutions, qui appartiennent à l’ère présente, le reflet de ce monde qui passe. L’union de ceux qui sont en route avec les frères qui se sont
endormis dans la paix du Christ, loin donc d’être rompue, se trouve au contraire renforcée par la communication des biens spirituels » .
· En
résumé, le peuple de Dieu tout entier est en marche vers la rencontre eschatologique, mais déjà uni aux saints du ciel dont la première croyante est Marie, déjà au ciel, tout cela étant
éternellement inscrit dans le plan d’ amour de Dieu pour l’homme.
2. LES
ACTEURS DU CONCILE VATICAN 2
Ces acteurs sont : le Saint Esprit ; le pape ; les Pères du concile ; les experts ; les observateurs non catholiques ; les
laïcs invités ; les journalistes.
· Le Saint Esprit : son rôle capital est clairement
affirmé, de même que lors du premier « concile « de l’Eglise, en fait l’Assemblée de Jérusalem (cf Ac 15) qui fut appelée à trancher la question de la compatibilité du salut avec la
non circoncision. « Alors les apôtres et les anciens, d’accord avec l’Eglise tout entière, décidèrent de choisir quelques uns d’entre eux et de les envoyer à Antioche… Ils leur remirent la
lettre suivante (l’équivalent d’un schéma du concile Vatican 2) : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer
d’autres charges que celles-ci :… ». On retrouve cette démarche en conclusion de Lumen Gentium : « Tout l’ensemble et chacun des points édictés dans cette Constitution
dogmatique ont plu aux Pères du saint concile. Et Nous en vertu du pouvoir apostolique que le Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous
les approuvons, décrétons et arrêtons dans le Saint Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de Dieu, ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué ». (LG, p.
100).
· Le pape : il convoque le concile œcuménique, le préside
et en choisit l’ordre du jour ; il (Jean 23) crée le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens, structure fondamentale d e dialogue entre catholiques, orthodoxes et protestants ; puis le
Secrétariat pour les religions non chrétiennes (Paul 6). Il a décidé d’exclure des débats la question du célibat des prêtres et celle de la régulation des naissances.
· Les Pères : 2.860 furent convoqués mais tous ne purent
pas venir (décès, maladies, interdiction de traverser le rideau de fer,..). Il y eut 2.224 interventions orales , 2.400 interventions écrites, qui ont permis un véritable « labourage des
consciences ». Au total, on procéda à 544 votes déclinés par séries de 4 vagues successives en vue d’arriver à la quasi unanimité. La
progression vers l’unanimité était favorisée par les 3 types de vote possibles : non ; oui sans modification ; oui avec modification (dont la rédaction était jointe au vote).Les
modifications proposées étaient prises en compte dans l’élaboration de la version suivante.
· Les experts : ils ont joué un rôle considérable. Parmi
les plus marquants : les Pères Ratzinger (secrétaire de Mgr Frings) ; de Lubac et Congar.
· Les Observateurs : ils ne participaient pas aux votes ni
aux débats mais faisaient part de leurs commentaires (par ex : le pasteur Boegner pour les protestants). Cette démarche reçut un accueil très favorable de tous les chrétiens non catholiques. Il y avait à la première session 49 observateurs issus de 17 communautés
chrétiennes non catholiques pour finir à 102 de 23 communautés à la session 4.
· Les auditeurs et auditrices : à la session 1, Jean
Guitton ; à la session 2, 10 auditeurs ; à la session 3, 21 auditeurs et 15 auditrices ; à la session 4, 28 auditeurs et 23 auditrices.
Le C.R. intégral est donné en fichier joint.
Téléchargement
CR2è SESSION V 2Juin2009